Edito du mois
Edito 184, novembre 2026 : "Que penser de la littérature artificielle ?"
En cette période de prix littéraires et de polémiques sur la littérature écrite grâce à l’IA (ou faut-il dire « à cause de »), que faut-il en penser ? Ce qui revient à parler des avantages et inconvénients de l’IA… Mais quels sont les auteurs qui déclarent se servir de cette technologie pour écrire ? Dans un article du Point du 30 septembre 2026 de Florence Colombani, l’autrice polonaise Olga Tokarczuk évoque son nouveau roman, qui doit paraître prochainement, et confie : « Contrairement aux craintes que l’on peut avoir, je pense que nous, les écrivains, en raison de la spécificité de notre métier, serons parmi les premiers à nous rapprocher étroitement des outils de type IA. Je me suis abonnée à la version la plus avancée et la plus complète d’un modèle de langage et je suis parfois profondément stupéfaite de voir à quel point il élargit les horizons et approfondit la pensée créative. » La Japonaise Rie Kudan (Tokyo Sympathy Tower chez Denoël) indique que 5% de son roman est dû à ChatGPT. L’écrivain américain James Frey (L.A. Story, chez Flammarion) déclare sans faire de manières : « J’utilise l’intelligence artificielle parce que je veux écrire le meilleur livre possible et je suis prêt à me servir de tous les outils à ma disposition pour y parvenir. » Et d’expliquer : « Avant, j’utilisais Google ou j’allais à la bibliothèque, comme beaucoup d’écrivains. »
Voilà donc qui est dit, et ce phénomène va certainement s’amplifier. Mais une autre annonce, celle de la création d’un prix littéraire pour les œuvres créées avec l’IA, le prix PASCAL (en référence à Blaise Pascal, mathématicien ayant vécu au XVIIème siècle), va aussi faire parler d’elle. Trois entrepreneurs (Philippe Rodriguez, Albin Serviant et Gilles Mentré) ont lancé cette idée dès le printemps dernier. Proposé au départ comme étant un prix Goncourt IA (mais refusé par l’Académie…), le prix a cependant été lancé : un jury sera présidé par Jacques Attali et attribuera le prix à une œuvre inédite de 300 000 signes, un document précisant quel outil IA a été utilisé. Et Albin Serviant de préciser : « L’enjeu du prix Pascal n’est pas de prétendre que l’IA va remplacer l’auteur, mais d’ouvrir le débat, d’interroger la notion de goût, de style et de création, et de voir concrètement ce qui peut sortir d’une écriture aidée de l’intelligence artificielle. »
Malgré la polémique, la curiosité suscitée par l’ouvrage de Thélyson Orélien ne se dément pas, 18 000 exemplaires ayant été vendus au 1er octobre 2026 (chiffres Le Figaro du 01.10.2026)…
Cette technologie, comme beaucoup d’autres, va-t-elle finalement rentrer dans un quotidien « normal » de tout un chacun ? Le pli semble pris.
Jean-Philippe Accart
- Article du Point : https://www.lepoint.fr/culture/affaire-thelyson-orelien-ces-auteurs-celebres-qui-ont-deja-evoque-leur-utilisation-de-lia-HRSNHMJ32BDR7NPLRR34ESO7HQ/
- "Le prix littéraire qui ouvre le chapitre de l'IA", Gaspard Dhellemes, Le Magazine du Monde, 31 octobre 2026, n° 789, p. 14-17
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