Analyses d'ouvrages

2014 : L'information professionnelle

sous la dir. de Viviane Clavier et Céline
Paganelli, Paris: Hermès - Lavoisier, 2013

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Cet ouvrage est publié sous la direction de deux chercheurs en sciences de l’information, Viviane Clavier (Université Stendhal de Grenoble) et Céline Paganelli (Université Paul Valéry de Montpellier). Sont rassemblées ici une dizaine de contributions - pour autant de chapitres - qui traitent de l’information professionnelle sous différents angles : une médiatisation généralisée de l’information ; l’information spécialisée ; la place des techniques et des technologies ; l’indexation ; la gestion des connaissances ; l’expertise ; les dispositifs informationnels ; la gouvernance informationnelle ; le contexte de travail…

Dans sa préface, Stéphane Chaudiron (Université Charles de Gaulle - Lille) définit « l’information professionnelle » : il met en avant, à juste titre, la définition donnée dans le Rapport Mayer [1] publié en en 1990 qui indique que l’information professionnelle est l’information « destinée à l’homme au travail ». Il revient sur les mutations qui concernent le champ de l’information depuis les années 1960, insiste sur l’apport essentiel des technologies linguistiques depuis les années 1980, l’arrivée d’Internet dans les années 1990, puis le mouvement open source que nous connaissons actuellement. Cependant, l’information professionnelle en tant que champ d’étude a été délaissée et le présent ouvrage comble donc un manque important.

Il n’est pas inutile de « questionner l’information professionnelle dans la perspective des sciences de l’information et de la communication » selon V. Clavier et C. Paganelli dans leur introduction, et je rajouterai, surtout à un moment où celles-ci subissent des turbulences dues à un environnement économique, technologique et culturel extrêmement mouvant. Elles rappellent que les modalités selon lesquelles est traditionnellement produite l’information évoluent radicalement ainsi que les pratiques d’information, elles-mêmes renouvelées ou différentes.

Les nouveaux contours de l’information professionnelle sont traités dans les deux premiers chapitres, avec en premier lieu Adrian Staii (UPMF – Grenoble) qui aborde « Les formes de l’information professionnelle : esquisse des mutations structurelles d’une médiation élargie » et démontre à l’envi la multiplication actuelle des dispositifs d’information ainsi que des instances de médiation. En second lieu, avec « L’information professionnelle dans les discours : le parent pauvre de l’information spécialisée ? »,  Viviane Clavier analyse les discours des chercheurs et des professionnels et démontre que l’information professionnelle, bien qu’en plein développement, est nettement moins visible que l’information scientifique et technique.

Les trois chapitres (3, 4, 5) suivants considèrent les modalités de traitement des documents professionnels. Avec « Evolution des traitements pour la recherche d’information. Retour critique sur la place des techniques et technologies en sciences de l’information et communication », Geneviève Lallich-Boidin (Université Claude-Bernard – Lyon) prolonge la réflexion qu’elle a entamée depuis de nombreuses années avec l’évolution des techniques linguistiques et informatiques utilisées dans les systèmes d’information et conclut son texte par un changement de paradigme majeur dans la recherche d’information, les moteurs de recherche axant leur développement sur la compréhension de la question posées par l’utilisateur. Puis Bruno Menon (Université Paris 8) avec « Quelle indexation pour l’information professionnelle » analyse les principales évolutions des langages d’indexation jusqu’à l’indexation sociale et démontre que ce domaine est très dynamique. Enfin, Laurence Balicco (UPMF – Grenoble) dans son chapitre « La gestion des connaissances en contexte professionnel : principes et enjeux » revient sur la question de la gestion des connaissances en milieu professionnel, et qui apparait dorénavant comme complètement intégrée et « considérée comme une richesse ».

Les deux chapitres (6 et 7) qui suivent abordent le sujet des représentations de l’activité d’information au travail,  avec tout d’abord la contribution d’Evelyne Mounier (UPMF – Grenoble) « L’information en milieu professionnelle : le rôle des experts » et qui prolonge avec bonheur le texte précédent : le rôle des experts dans les organisations est essentiel à celle-ci, mais difficile à analyser et à comprendre réellement. Avec Catherine De Lavergne et Marie-Caroline Heïd (Université Paul Valéry – Montpellier) «  Usages et représentations des dispositifs en contexte professionnel », nous abordons la question très actuelle des espaces numériques qui structurent différemment les pratiques informationnelles.

Les trois derniers chapitres (8, 9 et 10) exposent la place de l’information professionnelle dans les organisations et les stratégies mises en place par les différents types d’utilisateurs.  Dominique Maurel (Université de Montréal) nous livre sa réflexion sur « La gouvernance informationnelle et perspective stratégique », sujet très tendance mais qui montre bien la difficulté rencontrée par les organisations pour s’y retrouver dans la masse d’informations produites. Brigitte Guyot (CNAM – INTD – Paris) s’attache à l’un de ses thèmes de prédilection, à savoir « Comprendre la place et les enjeux de l’information dans les organisations » : elle souligne que l’activité informationnelle fait partie intégrante de l’activité professionnelle  des membres d’une organisation, quelle que soit son niveau dans la hiérarchie, et que « les managers de l’information » ne sont plus les seuls concernés. Le dernier chapitre « Les activités informationnelles en contexte de travail : questionnements en information-communication » est rédigé par Céline Paganelli et met en évidence les « dimensions sociales, opérationnelles et stratégiques qui participent de leur construction » ainsi que l’apport des sciences de l’information et de la communication en la matière.

L’ouvrage qui nous est donné ici est un ouvrage dense, bien construit dans son déroulé et ses différentes approches de la question, faisant appel à différents types d’expertises et de recherches en SIC. Il permet de remettre à jour sa propre vision du monde de l’information en contexte professionnel et ce n’est pas son moindre bénéfice. Il fait véritablement le lien entre différentes thématiques, avec d’autres points de vue et perspectives, et remet à sa juste place l’information professionnelle  aujourd’hui.


[1] Commissariat général au plan. Rapport du 10ème plan (groupe de travail de René Mayer) sur "l'information et la compétitivité", 1990.

Jean-Philippe Accart

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