Analyses d'ouvrages

2016 : Exposed. Desire and Disobedience in the Digital Age

by Bernard E. Harcourt, Harvard University Press, 2015.

C’est au détour de Twitter que je suis tombé sur Bernard E. Harcourt et sur son dernier livre au titre à la fois attractif et un peu étrange - qui pourrait être le titre d’un film - Exposed. B. E. Harcourt a un parcours universitaire, il est juriste, professeur de droit à Columbia University à New York où il dirige le Center for Contemporary Critical Thought. Il est aussi directeur d'études à l'Ecole des hautes Etudes en Sciences Sociales.

Cet ouvrage, passionnant car il raconte notre histoire à l’heure du numérique, porte bien son titre : nous sommes tous exposés au sens où ce qui est important à l’heure actuelle est non pas notre être physique, mais notre identité numérique. Vision pessimiste du monde contemporain ou vision réaliste ? Les nouveaux modèles qui nous sont proposés le sont à partir du big data avec l’analyse des données numériques que nous produisons quotidiennement sans même nous en rendre compte : prévoir nos désirs, nos achats, nos envies, nos déplacements tel est l’objectif. L’ensemble de ces « traces numériques » constitue notre double numérique qui prime sur notre identité tout court et qui est prédictible. Les algorithmes réalisent ces prédictions : « Ce que je pense, ce que je ressens, je n'arriverai pas à le prouver, par contre, mes traces numériques, oui ; on peut prouver où j'étais ce matin, ce que j'ai acheté, ce que j'ai utilisé, etc. C'est plus démontrable, c'est presque plus "vrai", dans un certain sens. »

Il est donc tout à fait loisible d’agir sur cet être prédictible, puisqu’il est possible de savoir à l’avance les actions qu’il va entreprendre ou commettre. La machine analyse les données produites, anticipe les actions et au final indique la valeur donnée à ce double numérique. En cela, les temps ont changé et nous sommes entrés dans une autre ère, en rien comparable avec les siècles passés.

Il n’y a plus de réelle frontière entre vie privée, vie publique ou vie professionnelle et nous sommes soumis à l’addiction du réseau – des réseaux – qui anticipent pour nous ou nous insufflent le moindre de nos désirs. Les grands groupes informatiques et ceux qui ont en main les réseaux sociaux gouvernent nos vies bien plus que les gouvernements en place.

Comment résister (Disobedience) ? C’est la vraie question. Tout rejeter en bloc ? Débrancher, se déconnecter ? De plus en plus d’individus s’essaient à cet exercice, afin de ne plus succomber à ces addictions. Mais est-ce bien réaliste ? Cela revient à refuser aussi la vie actuelle, les liens tissés et entretenus au travers des réseaux sociaux par exemple, que ces liens soient simplement sociaux ou utilement professionnels

Le grand mérite de cet ouvrage est de nous mettre en garde contre ces addictions plus ou moins grandes auxquelles nous succombons à notre corps défendant parfois. Le simple fait de lire cet ouvrage nous fait prendre conscience de cette réalité, pour notre plus grand bénéfice.

Jean-Philippe Accart

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