L'enseignement

(1992) - Le monde infirmier et la documentation.

Interbloc, 1992, vol. 11, n° 3, pp. 330-32.

A l'heure actuelle, il devient indispensable de maîtriser l'information, la comprendre, et la faire partager. Cette maîtrise entre pour une part importante dans la réflexion, l'autonomie et finalement la prise de décision.
Les préoccupations du monde infirmier, hormis les questions de statut et de reconnaissance, s'attachent à des points spécifiques tels que l'éthique, l'accueil au malade, la douleur, ou les nouvelles thérapeutiques en cours. Le besoin d'information est manifeste : la presse infirmière est florissante, et on dénombre beaucoup d'ouvrages paraissant sur ces sujets pointus. Des centres de documentation ont été créés, des méthodes d'investigations spécifiques développées ainsi que des banques de données spécialisées.

Cet article vise à faire le point sur la documentation et le monde infirmier d'un point de vue pratique, à donner des clés pour comprendre et appréhender les bibliothèques paramédicales. Dans une première partie, nous aborderons la documentation durant les études d'infirmières, les méthodes proposées, et dans une deuxième partie, l'importance de la documentation personnelle ou commune à un service de soins dans l'évolution professionnelle et intellectuelle des infirmières.

Documentation et école

Les écoles paramédicales

Un certain nombre d'hôpitaux ont créé dans leur sein leur propre école d'infimières, d'infirmières spécialisées ou écoles des cadres hospitaliers. Pour sa part, l'Assistance Publique des Hôpitaux de Paris gère des écoles d'infirmières, de cadres, de sages-femmes, disséminées dans ses divers établissements.
Le service de la bibliothèque y est en général intégré, car un travail personnel important est demandé aux élèves et nécessitent certaines ressources documentaires spécifiques comme "l'Encyclopédie de l'Infirmière", des abonnements à "La Revue de l'Infimière" , à "Soins", à "l'Aide-soignante".
Ces structures sont bien organisées et répondent généralement aux normes bibliothéconomiques en vigueur.

L'apprentissage : les études d'infirmier(e)s

Au cours de la première année, le programme prévoit l'approfondissement des méthodes de travail, de la démarche de soins. Tout au long de la formation, la réalisation de travaux dirigés sur des thèmes d'intérêt professionnel comme l'élaboration d'affiches thématiques, un projet de groupe à visée préventive ou éducative, des dossiers sur la santé de l'homme et son environnement est demandée aux étudiant(e)s et compte pour l'évaluation continue des connaissances et des aptitudes : les futur(e)s infirmièr(e)s apprennent ainsi à travailler en groupe.
La recherche documentaire en vue de la réalisation du travail de fin d'études permet d'élargir le domaine de la réflexion. Elle impose également de préciser les limites d'un travail, oblige à écrire et à organiser sa documentation, de mobiliser les connaissances, de les compléter, les approfondir.

La bibliothèque de l'école

Afin d'appréhender correctement le monde particulier que constitue la bibliothèque de l' école, et mettre à profit toutes ses ressources, l'élève-infimier(e) doit savoir que :

  • le bibliothécaire-documentaliste (ou la personne ayant en charge la bibliothèque, le plus souvent une monitrice) est la première personne à aborder : il lui apprendra le fonctionnement de la bibliothèque et son classement, comment se servir des différents fichiers ou à quelles bibliothèques ou centres de documentation s'adresser.
  • une bibliothèque est constituée d'ouvrages, de revues et d'encyclopédies. Chacun de ces supports contient des index par sujet, en fin de volume pour les livres et les encyclopédies, et dans le dernier numéro de l'année en cours pour les revues. Ce sont les premières sources à consulter.

Dans un deuxième temps, il conviendra de se référer au fichier par sujets (ou matières) de la bibliothèque. Le type de classement employé est différent suivant les écoles, mais en général un classement alpha-numérique est employé : pour chaque document sont dégagés un ou plusieurs mots-clé ( "Anatomie" pour un livre portant sur le corps humain par exemple) et un numéro (dans la classification "CANDO" le terme d'Anatomie porte le numéro 16). Il est possible ainsi de combiner plusieurs notions. Ce type de classement permet de regrouper sous un même numéro tout ce que la bibliothèque possède sur l'anatomie par exemple.L'indexation des documents se fait grâce à plusieurs systèmes : le "CANDO" de J. CHEVALLIER, la Classification du Centre International de l'Enfance, ou celle de l'Organisation Mondiale de la Santé.
Pour chaque document recensé, une fiche dactylographique est composée selon des normes très précises : elle comporte tout ce qu'il est nécessaire de savoir sur un document. En voici un exemple: Cote

Exemple d'une fiche établie à partir d'un ouvrage, selon des normes précises, fiche intégrée dans un fichier sujets

Ces fiches sont ensuite classées dans le fichier par sujets (ou matières). Ce fichier sera la base même de toute recherche thématique sur un sujet donné. Là encore, le bibliothécaire-documentaliste peut être une aide précieuse à la recherche.

La démarche bibliographique

L'élève-infirmier(e), après avoir compris le fonctionnement de la bibliothèque de son école et son classement, doit être capable d'élaborer lui-même sa propre stratégie de recherche : cette stratégie lui servira durant toute sa carrière lorsqu'il devra travailler sur un sujet particulier, ou s'il veut se former pour préparer l'Ecole des Cadres et conduire ensuite l'équipe de soignants dont il aura la charge.

La 1ère étape consiste dans la formulation de la question, la mise à plat de ses propres connaissances : est-ce une recherche dans le temps (rétrospective), est-ce une information locale, régionale, étrangère ?. S'agit-il d'un problème d'actualité, réglementaire, statistique, technique ?. Quel est le contexte de la question, le délai pour y répondre, faut-il des documents audiovisuels, des images ?

La 2ème étape s'appuiera sur l'inventaire des sources documentaires présentes dans la bibliothèque de l'école ou dans un autre centre de documentation :

  • le fichier par matières de la bibliothèque
  • les mémoires et thèses d'écoles d'infirmières et de cadres infirmiers qui sont des documents répertoriés seulement au niveau d'une école
  • des brochures (sur le SIDA par exemple)
  • des encyclopédies, ouvrages et dictionnaires
  • les revues et leurs index annuels par sujets

Une étape complémentaire, mais importante, consiste à consulter les personnes compétentes sur l'hôpital même dans le domaine investi : prendre rendez-vous avec le chef de service ou un médecin du service concerné. Il sera à même de vous indiquer la marche à suivre, les articles importants à lire. Certains points qui n'apparaissaient pas clairs au premier abord deviendront alors plus évident à saisir. Il n'est pas inutile d'insister sur l'importance des rapports personnels au sein de l'hôpital.

Les documents ainsi recensés, lus, analysés devront être classés par dossier et par thème. La recherche n'en sera que facilitée.

Cette démarche bibliographique, qui doit être rigoureuse pour être réussie, permettra ainsi de gagner un temps précieux, de mieux connaitre les objectifs à atteindre, de mieux s'organiser. Elle sera utile non seulement durant la période des études mais aussi durant toute la pratique infirmière.

Documentation et pratique infirmière

La pratique infirmière

Une fois les études terminées, il faut donc passer à la pratique quotidienne d'un métier qui devient de plus en plus technique et spécialisé.
Ainsi peut-on déterminer un certain nombre de compétences de bases demandées aux infirmières :

  • l'identification d'un problème clinique et faire appel à la personne compétente pour le traiter
  • poser un diagnostic infirmier chez une personne
  • élaborer un projet de soins pour une personne
  • dispenser les soins infirmiers
    1. sur prescription médicale
    2. de la zone d'autonomie
  • identifier un problème de santé au niveau d'une population
  • participer à un projet d'actions en partenariat favorisant la gestion de santé d'un groupe
  • conduire une relation soignant/soigné et soignant/famille
  • organiser le travail et l'évaluer
  • travailler en équipe pluridisciplinaire
  • se former et former autrui
  • participer à une recherche en soin infirmier et produire du savoir infimier
  • participer à la conduite d'une politique de soins et de santé.

Se tenir informé est un des maîtres-mots de notre époque. La démarche bibliographique apprise et appliquée durant les études va trouver là tout son sens. Lire régulièrement ce qui concerne son métier est une des manières de progresser et d'évoluer.

Le personnel soignant de l'hôpital

Avec à sa tête les Infirmières Générales, il bénéficie de peu de moyens de s'autoformer. Quelques abonnements peuvent être achetés en commun pour le service. Le responsable du service, en l'occurrence la surveillante, a un rôle non négligeable à jouer en la matière : elle peut décider la mise en commun de plusieurs abonnements et l'accès facilité à ces documents en les entreposant dans un endroit ouvert. La responsabilité de ces tâches peut être confiée à un des membres de l'équipe, à tour de rôle. Des réunions sur des thèmes peuvent également être organisées.
Plus tard, l'infirmière peut être amenée à assurer la formation des cadres de sa profession, après plusieurs années de pratique hospitalière. Des centres de documentation spécialisés (le Centre de Documentation Pédagogique de l'Assistance Publique par exemple), l'accès à des banques de données ("Cumulative Index to Nursing and Allied Health Literature") répondent à des questions aussi variées que : la thérapeutique, l'éthique, l'épidémiologie, le SIDA, l'hygiène, la qualité des soins, la douleur ou les infections nosocomiales.

L'Enseignement Assisté par Ordinateur (EAO), permet, à l'aide de logiciels d'auto-apprentissage, ou didacticiels, une remise à niveau des connaissances (en techniques chirugicales par exemple) du personnel soignant. Cette formule se met en place petit à petit dans certains hôpitaux. L'hôpital de Colombes (AP-HP) a ainsi mis sur pied une expérience originale : une "Formathèque" est à la disposition du personnel soignant de l'hôpital. Fonctionnant sur rendez-vous, cette structure permet la formation continue professionnelle à l'aide de didacticiels.

Afin de rechercher, d'approfondir, de compléter l'information, les bibliothèques et centres de documentation des hôpitaux sont là pour répondre à ces questions. Voici quelques adresses utiles pour approfondir un sujet.

Où se documenter ?

Les ressources proposées par la bibliothèque de l'école ne seront peut-être pas suffisantes pour approfondir le sujet traité. A Paris, il est possible de se documenter dans plusieurs endroits :

  • le Centre de Documentation Pédagogique de l'Assistance Publique de Paris : Centre de Formation en Soins Infirmiers Groupe Pitié-Salpêtrière, 47 bd de l'Hôpital, 75651 PARIS Cedex 13. Le fonds documentaire proposé (5200 ouvrages, 180 titres de périodiques) est à caractère encyclopédique avec des thèmes majeurs : gestion et management hospitalier, soins infirmiers et service infirmier, médecine et santé, sciences humaines, pédagogie et formation, droit.
  • la Médiathèque de la Cité des Sciences et de l'Industrie de la Villette, service Médecine-Santé, 30 avenue Corentin Cariou, 75930 PARIS Cedex 19 . Le service Médecine-Santé est ouvert au grand public, aux médecins et au personnel soignant. Il propose, en accès libre et en prêt, plusieurs milliers d'ouvrages et 500 abonnements à des revues médicales dont des périodiques infirmiers. La documentation est informatisée sur le système GEAC (sur le modèle de la Bibliothèque Publique de Beaubourg), il existe une salle d'Enseignement Assistée par Ordinateur et un atelier informatique, "la Comète", afin d'interroger les banques de données spécialisées.
  • le Centre International de l'Enfance, Château de Longchamp, Bois de Boulogne, 75016 PARIS
  • le Centre Régional d'Information et de Prévention du SIDA (CRIPS), 3, 5 rue de Ridder, 75014 PARIS
  • le Centre de Documentation et d'Information d'Ethique, INSERM, 101 rue de Tolbiac, 75013 PARIS

Conclusion

Nous l'avons vu, l'information est un élément fondamental de la prise de d&eac
te;cision et de l'action. Elle permet au professionnel de santé de se situer dans une histoire, une communauté, de confronter ses pratiques avec d'autres, de les évaluer, d'actualiser ses connaissances en approfondissant par exemple les problèmes d'éthique et d'économie découlant des avancées technologiques. Il est nécessaire pour cela d'apprendre une certaine démarche bibliographique, de devenir autonome par rapport à des méthodes de recherches particulières, de savoir gérer l'information.

Bibliographie

1. Bibliothèques et vie hospitalière. L'Hôpital à Paris, 1981, n° 65, sept-oct, pp. 419-443.
2. BORDES M. La Bibliothèque en écoles d'infirmières : moyen pédagogique. Infirmière enseignante, 1989, n° 1, pp. 21-245.
3. CHAINTRON E. L'utilisation des revues professionnelles dans la pédagogie des écoles d'infirmières : table ronde. Soins, 1984, n° 427, avril, pp. 54-58.
4. DAUBAN M. La documentation dans les établissements hospitaliers généraux de la banlieue parisienne. Paris : IUT Paris V, 1987.
5. NOBLET O. Apprendre à apprendre. Infirmière enseignante, 1990, n° 10, pp. 24-25.
6. STAMMINGER J. A propos de la bibliothèque... en écoles d'infirmières. Soins, 1982, vol. 27, n° 5, pp. 41- 45.
7. TCHASSOU DP. La visite documentaire dans la formation infirmière : une approche systématisée. Symbiose, 1987, vol. 54, mai-juin, pp. 15-18.

cop. JP Accart, 2007

 

 

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